Alors que « les accidents du travail ont diminué de 25 % ces vingt dernières années », ceux concernant les femmes « sont en hausse de 26 % », a alerté Florent Arnaud, chargé de mission à l’Agence régionale pour l’amélioration des conditions de travail (Aract) Bretagne, lors d’une conférence au salon Préventica Rennes, mercredi 17 juin. Un phénomène alarmant, masqué par « une baisse de 40 % des accidents du travail touchant des hommes ».
Pour tenir compte des enjeux de santé au travail des femmes, il est essentiel « d’adopter une approche différenciée de l’évaluation des risques professionnels », rappelle-t-il. Cette approche vise une « prévention universelle » qui passe par « l’adaptation du travail aux femmes et aux hommes, soit à l’humain ».
Le chargé de mission suggère aux personnes qui réalisent l’évaluation genrée de « prendre en compte les réalités du travail des femmes et des hommes en fonction de l’approche sociale », ainsi que « les spécificités des femmes et des hommes » (différences biologiques, biométriques, morphologiques – taille, poids, âge –, physiologiques – cardiovasculaires, métaboliques –, liées au système reproducteur, etc.).
La réalisation d’un document unique d’évaluation des risques professionnels (Duerp) sexué nécessite « une démarche de prévention participative », a-t-il poursuivi. Cela comprend plusieurs étapes.
Il s’agit d’abord de « structurer la démarche et de mobiliser des groupes de travail mixtes d’acteurs », conseille Florent Arnaud. Il convient de constituer un groupe de pilotage, d’y associer les référents égalité et harcèlement pour parler des violences sexistes et sexuelles au travail (VSST), et de couvrir toutes les fonctions sans a priori sur les niveaux de risques.
Il faut ensuite, selon l’expert, « contextualiser l’évaluation » : faire le lien avec les travailleurs, prendre en compte les écarts entre les hommes et les femmes dans les unités de travail, qu’il s’agisse de rémunération, de santé au travail ou de carrière, s’intéresser à la mixité, aux parcours professionnels, aux statuts, aux emplois, et croiser des indicateurs de sinistralité avec des indicateurs sur les écarts.
L’évaluation doit aussi permettre d’« identifier et d’évaluer les risques au plus proche du terrain », conclut-il. Cela passe par la constitution de groupes représentatifs avec des femmes et des hommes, des anciens et des nouveaux, ceux qui effectuent le travail et ceux qui l’encadrent. Le but est de s’intéresser aux conditions de travail en situation réelle.
« Différencier n’est pas discriminer », a précisé Marie Rannou, conseillère en prévention des risques professionnels à la MSA Armorique. Mais il est important de connaître les composantes qui permettent de comprendre les éventuelles discriminations.
Cela inclut, selon elle, « les différences dans la répartition des emplois » (déterminisme social), « l’exposition invisibilisée des femmes aux facteurs de risques professionnels » (troubles musculosquelettiques, risques psychosociaux, sexisme, facteurs de pénibilité, etc.) et à « des conditions de travail non adaptées » (morphologie, physiologie, etc.), « les évolutions et les statuts professionnels défavorables aux femmes » (carrières plus morcelées, moins de possibilités d’évolutions professionnelles et d’extraction de conditions de travail délétères, etc.) ou encore « le temps de travail et l’articulation avec le hors travail ».
Laura Guegan








