Alors que l’Anact a récemment publié un guide pour prendre en compte la dimension sexuée dans l’évaluation des risques, un article de l’INRS publié en octobre dernier résume l’état des connaissances « acquises sur les différences de toxicité liées au sexe et celles restant à développer pour mieux évaluer le danger des substances chimiques et les risques professionnels auxquels les travailleuses et les travailleurs sont exposés ».
Les auteurs définissent les jalons d’un processus de toxicité : l’absorption du toxique, sa distribution, puis son métabolisme et sa persistance, en indiquant que « des différences entre les sexes peuvent se manifester à chaque étape ». Par exemple, une fois absorbé, le toxique peut se distribuer différemment dans les organes, selon le sexe. Au niveau de la métabolisation, les auteurs relèvent aussi des différences : certaines substances peuvent être éliminées plus lentement chez la femme et persister plus longtemps.
Les toxiques peuvent ensuite avoir des modes d’action différents selon le sexe (conduisant à des effets sur la santé différents), en lien avec les fonctions immunitaires ou endocriniennes. Les auteurs parlent d’un « dimorphisme sexuel du caractère immunitaire ». Ainsi, les femmes auraient « une réponse immunitaire plus forte, qui les protège plus efficacement de certaines infections, mais qui les rend plus sujets à d’autres pathologies ». Est ainsi constatée une prévalence de l’asthme professionnelle plus importante chez les femmes que les hommes. Le pourquoi de ces différences a commencé à faire l’objet d’études, mais d’autres recherches sont nécessaires.
Le plus souvent, les différences liées au sexe impliquent plus ou moins directement les hormones. Certaines substances influent sur le mode de fonctionnement des hormones, ce sont les perturbateurs endocriniens (PE), dont la présence dans un produit doit faire l’objet d’un étiquetage. Les effets sur la santé dus à l’exposition des PE diffèrent entre les hommes et les femmes (le cadmium est associé au cancer du sein chez la femme, et au cancer de la prostate chez l’homme par exemple). Selon les auteurs, les périodes associées à la reproduction constituent des fenêtres de vulnérabilité particulière. Non seulement les expositions durant la grossesse ont des conséquences sur la physiologie de la descendance, mais les auteurs mentionnent aussi des « effets transgénérationnels » : « L’exposition de rates à un retardateur de flamme, le BDE-209, entraîne des malformations et une baisse de la qualité du sperme jusqu’à la troisième génération », souligne l’INRS. Concernant l’exposition aux pesticides, les auteurs citent une étude de l’Inserm de 2019 indiquant des effets sexués d’une exposition professionnelle aux pesticides chez l’adulte, mais aussi des conséquences sur les enfants dues à une exposition maternelle.
Les auteurs concluent « qu’aucun organe ni aucune voie métabolique n’est finalement indépendant du sexe et que l’exposition aux agents chimiques conduit à des effets sexuellement dysmorphiques », donc « l’apparition de certaines pathologies associées à ces expositions est intimement liée au sexe ». Pourtant, la plupart des études n’incluent pas la caractérisation de la toxicité selon le sexe. Ainsi, les auteurs relaient la recommandation du CESE sur le besoin de produire des données sexuées « afin que le préventeur puisse s’en emparer et déployer des mesures de prévention adaptées permettant de préserver la santé et tous les salariés, femmes et hommes ». Ce qui n’empêche pas d’appliquer aussi, pour tous, le principe de substitution des produits les plus dangereux, lorsque cela est possible.
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