Contrairement à une certaine idée reçue, l’intelligence artificielle ne permettrait pas d’alléger la charge de travail des salariés qui l’utilisent mais l’intensifierait, selon une étude qualitative publiée le 9 février dans la revue américaine Harvard Business Review portant sur l’analyse des habitudes de travail de salariés utilisant des outils d’intelligence artificielle (IA) générative dans une entreprise technologique américaine comptant environ 200 employés*.
Les auteures de l’étude Aruna Ranganathan et Xingqi Maggie Ye – deux chercheuses de l’université de Berkeley – ont identifié « trois principales formes d’intensification ». D’abord, un « élargissement des responsabilités », une extension des tâches. « L’IA étant capable de combler les lacunes en matière de connaissances, les employés ont progressivement assumé des responsabilités qui incombaient auparavant à d’autres, rapportent-elles. […] Des personnes de tous les services de l’entreprise ont entrepris des travaux qu’elles auraient externalisés, reportés ou tout simplement évités par le passé. »
Ensuite, les chercheuses ont relevé que les outils d’IA, par leur facilité d’emploi, étaient souvent sollicités par les salariés en débordement de leurs temps de travail (pendant leur déjeuner, en réunion ou en attendant le chargement d’un fichier). « […] Écrire une phrase à un système d’IA s’apparentait davantage à une conversation qu’à l’exécution d’une tâche formelle […], analysent-elles. Certains employés ont confié avoir réalisé, souvent a posteriori, que les sollicitations répétées pendant les pauses étant devenues une habitude […]. De ce fait, le travail leur paraissait moins structuré et plus diffus, comme une dimension qu’on pouvait toujours explorer davantage. »
Enfin, le nombre des tâches, à gérer rapidement et simultanément, augmentaient. « Si l’impression d’avoir un « partenaire » donnait l’impression d’avancer, la réalité était tout autre : une attention constamment détournée, des vérifications fréquentes des résultats de l’IA et un nombre croissant de tâches en cours, relèvent les chercheuses. Il en résultait une charge cognitive importante […] même si le travail paraissait productif ».
« L’IA a accéléré certaines tâches, ce qui a accru les attentes en matière de rapidité ; cette rapidité accrue a rendu les travailleurs plus dépendants de l’IA. Cette dépendance accrue a élargi le champ des possibles, et cet élargissement a encore augmenté la quantité et la densité du travail », résument les chercheuses, qui appellent les entreprises à « préserver du temps et de l’espace pour l’écoute et les échanges humains », à réguler « l’ordre et le calendrier des tâches au lieu d’exiger une réactivité continue » ou à imposer des pauses pour « favoriser de meilleures décisions ».
*L’étude a été menée d’avril à décembre 2025 (huit mois). Les chercheuses ont procédé à des observations sur le terrain deux jours par semaine, suivi les canaux de communication interne et mené plus de 40 entretiens « approfondis » auprès des équipes d’ingénierie, de produit, de design, de recherche et d’opérations.








