Dans la continuité de ses travaux sur l’analyse des systèmes « intelligents » pour améliorer la SST (santé et sécurité au travail), l’EU-Osha a publié en janvier un guide de mise en œuvre de ces systèmes (en pièce jointe).
Celui-ci a pour objectif de fournir des conseils pratiques aux employeurs qui souhaitent concevoir des ressources ou du matériel de formation dans le cadre de l’introduction et du déploiement de systèmes numériques intelligents pour l’amélioration de la SST dans leurs structures.
L’EU-Osha précise que ce guide est le fruit de consultations avec plus de trente parties prenantes, dont des fabricants de produits, des développeurs, des employeurs, des travailleurs, des professionnels de la SST et des syndicats européens, mais aussi d’une analyse comparative d’exemples concrets de ressources utilisées en entreprise (affiches, dépliants, vidéos, supports de formation, etc.).
Rappelons que ces systèmes utilisent des technologies numériques pour collecter et analyser des données afin d’identifier et d’évaluer les risques, de prévenir et/ou de minimiser les dommages et de promouvoir la SST. Ils sont souvent basés sur des dispositifs de collecte de données (capteurs, caméras, microphones, etc.) qui transmettent ces données à un cloud, avec parfois un traitement des données par l’IA ou un « machine learning ». Il peut aussi s’agir de dispositifs portables autonomes tels que des exosquelettes ou des équipements intégrés à des vêtements ou à des équipements de protection individuelle (EPI) ou encore à des équipements industriels, voire dans l’espace de travail.

Ces systèmes ont pour but d’aider les entreprises à renforcer les procédures de SST existantes et à améliorer la SST des travailleurs. À titre d’exemple, certains systèmes peuvent alerter les travailleurs lorsqu’ils effectuent une tâche de manière non ergonomique ou dangereuse. D’autres peuvent permettre (grâce à la géolocalisation) de réduire la durée des opérations de sauvetage dans des professions à haut risque, comme l’exploitation minière, par exemple. Néanmoins, la collecte, l’interprétation et l’utilisation des données peuvent poser problème. L’EU-Osha alerte aussi sur les « défis liés aux frontières floues entre la SST et la mesure des performances ».
C’est pourquoi l’agence donne des conseils pour concevoir de façon optimale les ressources associées au déploiement de tels systèmes. Elle rappelle que ces ressources doivent garantir l’implication et l’engagement des travailleurs dès le début et pendant le processus de mise en œuvre.
Selon l’EU-Osha, les ressources mises à disposition des travailleurs doivent permettre de leur donner les informations pertinentes, et notamment expliquer les risques sur le lieu de travail :
- décrire le risque que le système numérique intelligent est en mesure de traiter ;
- expliquer l’objectif et l’utilisation du système (participation aux essais, à la sélection et à l’optimisation des systèmes numériques intelligents et maintenir un canal de communication avec les travailleurs afin d’écouter et de répondre aux questions potentielles concernant ces systèmes) ;
- expliquer l’utilisation des données (quel est l’objectif de la collecte de données ? Le type de données collectées ? Comment l’entreprise utilisera les données ? ) ;
- énumérer les responsabilités de chacun (les travailleurs doivent connaître leurs droits et obligations en matière de SST, ainsi que les personnes au sein de leur organisation qu’ils peuvent solliciter en cas de problème avec l’outil numérique intelligent) ;
- expliquer clairement les limites, inhérentes à ces systèmes, dans le but de maintenir la vigilance des travailleurs et d’en éviter une mauvaise utilisation . Les employeurs ne doivent pas négliger leurs procédures standards de SST, mais plutôt utiliser les outils numériques intelligents et les systèmes de contrôle de la SST pour les compléter.
Les auteurs du guide recommandent aussi d’être vigilant à ce que les ressources soient compréhensibles (langue utilisée, niveau de vulgarisation) pour les travailleurs.
L’EU-Osha liste aussi des bonnes pratiques plus globales car ces ressources ne sont qu’un élément parmi d’autres dans le déploiement des outils numériques intelligents. D’autres dimensions sont à prendre en compte.
Il convient d’abord de mettre l’accent sur les procédures existantes en matière de SST, étant donné que les systèmes numériques intelligents sont là pour les compléter, et non pour les remplacer. Par exemple, en théorie, un système intelligent peut réduire le besoin d’être deux pour effectuer une tâche à haut risque SST, mais en pratique, le fait de laisser un travailleur seul peut avoir des effets sur son bien-être psychosocial.

Ensuite, le maintien d’une communication entre employeurs, représentants du personnel, préventeurs et travailleurs est primordial pour déployer efficacement des systèmes numériques intelligents. « Si vous souhaitez vraiment que les employés agissent, il faut s’adresser à eux personnellement. Dans ces cas-là, nous nous adressons aux équipes concernées et nous nous assurons de communiquer directement avec elles, de leur demander leur avis et de nous assurer qu’elles comprennent vraiment les procédures SST », témoigne un préventeur cité dans le rapport.
Enfin, l’EU-Osha rappelle des principes de base en SST :
- faire en sorte de comprendre les besoins des travailleurs dans leur environnement de travail (avant d’introduire un système, équipement ou machine) ;
- prendre en compte le contexte de travail au sens large ainsi que le contexte socioculturel ;
- placer les travailleurs au centre du processus (test du système, co-construction, etc.).
À un niveau plus macro, l’EU-Osha a aussi publié des notes d’orientation sur :
- les principes pour le design et le développement de ces systèmes (fournir des solutions sur mesure, compatibles et interopérables, qui respectent la sécurité et la confidentialité des données, qui sont évolutives, fiables, transparentes et « user-friendly », et qui visent à répondre aux risques réels sur le lieu de travail) ;
- les principes de mise en œuvre et d’utilisation (nécessité de respecter la sécurité et la confidentialité des données, de définir et de communiquer l’objectif du système, d’assurer l’intégration avec l’infrastructure existante et avec les cadres de SST, et de coopérer avec les développeurs de produits pendant le déploiement et l’utilisation du système) ;
- la transparence par rapport à l’utilisation des données (anonymiser les données, minimiser la collecte de données inutiles, déterminer des règles sur la propriété et l’accès aux données) ;
- la nécessité d’impliquer les travailleurs (mise en œuvre de périodes d’essai pour tester les nouveaux systèmes, organisation avec des ambassadeurs et des échanges d’idées entre pairs, ateliers de découverte technologique).
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