Le gouvernement a fait de la santé mentale la grande cause nationale pour 2025. Dans le monde du travail, les maladies psychiques reconnues d’origine professionnelle ont bondi de 25 % en 2023 et 12 000 accidents du travail étaient liés aux risques psychosociaux (RPS), selon le ministère du travail.
C’est dans ce contexte qu’une table ronde du Giverny de la santé, qui a eu lieu le 26 mars dernier à la Maison de la Chimie à Paris, a débattu du sujet de la « Santé mentale en milieu professionnel : défis actuels et solutions innovantes ».
« Le sujet de la santé mentale a explosé au moment du Covid, qui a été un élément amplifiant et aggravant », débute Delphine Maisonneuve, directrice générale du groupe VYV, acteur mutualiste de santé et de protection sociale. C’est un « sujet prégnant en France » avec « un quart des Français qui consomment des médicaments psychotropes » et « des arrêts longs en hausse de 41 % depuis 2019 selon les chiffres AXA », alerte-t-elle.
Pour Laurence Breton-Kueny, directrice des ressources humaines de l’Afnor et vice-présidente de l’Association nationale des DRH (ANDRH), la santé mentale serait « le premier sujet de préoccupation pour 58 % des DRH ». Selon le baromètre réalisé par Malakoff en 2023, « moins de 60 % des personnes disent aller bien ». Les travailleurs feraient face à des problèmes de santé mentale « pour un tiers d’ordre professionnel (charge de travail, rapports sociaux), un tiers d’ordre personnel (conflits familiaux, situation financière) et un tiers d’ordre mixte », précise-t-elle.
Au sein des entreprises, qui sont pour elle des « lieux de santé, d’accompagnement et de pédagogie », Delphine Maisonneuve rappelle que « l’employeur a une responsabilité légale autour de la bonne santé physique et mentale de ses collaborateurs ». Et il est nécessaire pour la performance des organisations de « proposer un cadre sécurisant sur le plan psychologique », appuie-t-elle.
Par définition, la santé mentale est « un état de bien-être qui embarque tout un tas de sujets multifactoriels qui concourent à ce bien-être ». Delphine Maisonneuve est convaincue que « les entreprises ont cette capacité à contribuer positivement à la santé mentale ». Elle insiste sur le fait qu’il est urgent d’agir puisque « les burn-out ont augmenté de 66 % en 5 ans chez les moins de 30 ans bien que toutes les classes d’âge soient touchées ».
La sensibilisation et la formation font partie des premières actions à mettre en œuvre. « Les dirigeants d’entreprises doivent avoir la capacité de s’exprimer sur la santé mentale » afin de libérer la parole et de déstigmatiser le sujet. Il est judicieux de « pousser la formation de premiers secours en santé mentale pour identifier très tôt les premiers signes et mettre en place des actions de prévention », recommande-t-elle.
Également en matière d’identification des situations à risque, « il faut multiplier les opportunités de détection », précise Delphine Maisonneuve. « Les premiers points de contacts sont souvent les collègues, les managers ou les directions des ressources humaines » mais il est important que les salariés aient aussi « accès à un psychologue, une ligne d’écoute, un médecin du travail, une assistante sociale », suggère-t-elle. Malheureusement, le secteur fait face à « des problèmes d’accessibilité au professionnel pivot qu’est le psychiatre et encore plus au pédopsychiatre », déplore-t-elle, alors qu’il faudrait « rendre la santé mentale accessible à tous sur le territoire, c’est essentiel et c’est urgent ».
En outre, « l’activité physique est excellente pour la santé mentale », poursuit-elle. Et les employeurs ont donc tout intérêt à proposer du sport en entreprise à leurs collaborateurs.
Delphine Maisonneuve affirme que « la problématique de la santé mentale chez les professionnels de santé, les dirigeants d’entreprise et les managers ne doit pas être négligée afin qu’ils prennent ensuite soin de leurs patients ou de leurs collaborateurs ». Pour elle, « il n’y a pas de santé tout court sans santé mentale, c’est un tout ». Mais il n’y a « pas besoin de rajouter de réglementation supplémentaire sur ce sujet pour les entreprises, le cadre est [déjà] suffisant pour agir ».
Certaines populations au travail seraient davantage touchées par les problèmes de santé mentale. Il existe des « problématiques d’isolement social chez les jeunes, les personnes âgées et dans les familles monoparentales », estime-t-elle. Le sujet de l’éco-anxiété contribue également à une dégradation de la santé mentale, notamment chez les moins de 30 ans. Des études sont en cours sur ce point avec « un travail sur l’identification et l’accompagnement de l’éco-anxiété » par les employeurs, entre autres.
L’ANDRH mène également « un travail sur la problématique des jeunes et de la santé mentale », indique Laurence Breton-Kueny. Pour elle, il faut tenir compte pour les plus jeunes populations de salariés « de façons de manager différentes, d’un sens au travail différent et de certaines addictions prépondérantes : cannabis, alcool, réseaux sociaux, etc. ».
Elle appelle aussi à prendre en compte des questions comme « le maintien dans l’emploi pour les seniors » ou encore « les transformations numériques et l’intelligence artificielle » qui peuvent avoir des impacts sur la santé mentale des collaborateurs.
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