Alors que l’agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-Osha) a dévoilé courant février les résultats de son enquête sur les risques nouveaux et émergents, elle réalise à présent un focus sur « les défis cachés de l’avenir du travail ».
À travers trois documents de réflexion, l’EU-Osha revient sur « les évolutions technologiques et les nouveaux problèmes de santé mentale » qui ont une incidence sur les travailleurs. Plus précisément, elle traite les problématiques relatives à l’utilisation des énergies renouvelables et durables dans les transports et la mobilité, aux technologies fondées sur les champs électromagnétiques, ainsi qu’à l’éco-anxiété pouvant affecter le bien-être des salariés.
Dans une optique de transition écologique, le secteur des transports et de la mobilité est en pleine mutation en Europe. Cela implique notamment le recours à des carburants à émissions nulles au sein du transport routier, ferroviaire, maritime, mais aussi aérien, afin de diminuer les émissions de gaz à effet de serre : véhicules électriques à batterie, GNL, GNC, ammoniac, hydrogène, liquide organique transporteur d’hydrogène (LOHC), etc. Ces pratiques émergentes demandent le déploiement « de nouvelles technologies pour produire, stocker et transporter les carburants à émissions nulles » (batteries lithium-ion, panneaux photovoltaïques, etc.), nouvelles pratiques pouvant être à l’origine de nouveaux risques en matière de santé sécurité au travail pour les opérateurs, les techniciens et les intervenants d’urgence (maintenance, pompiers, etc.) que la législation européenne actuelle omet souvent.
L’EU-Osha identifie les risques de sécurité et les effets possibles de ces carburants durables. Par exemple, les batteries électriques peuvent provoquer du stress thermique, des brûlures (thermiques, chimiques ou électriques), des explosions (ondes de souffle, débris), des électrocutions ou des empoisonnements. Côté GNL, ce sont des explosions (nuage de vapeur), des feux de torche ou de nappe et des fuites (brûlures froides, suffocation par déplacement d’air) qui sont redoutés.
Pour faire face à ces risques, l’agence préconise aux employeurs de sensibiliser les acteurs du secteur des carburants alternatifs aux caractéristiques spécifiques de ces nouvelles technologies et de prévoir des procédures opérationnelles guidant l’action lors des tâches quotidiennes et lors des incidents pour le personnel d’urgence qui doit être formé et entraîné. Il est également recommandé de mettre en place des contrôles (capteurs de chaleurs, de gaz, de toxines, systèmes de ventilation, contrôle des fumées, inspections régulières, etc.) et d’équiper les travailleurs d’EPI compatibles avec les risques spécifiques des carburants durables. Sans oublier l’implication, dès la phase de conception d’un projet de carburants durables, des travailleurs concernés pour anticiper l’identification des risques et la compréhension des interactions avec ces technologies émergentes.
Autre problématique SST relevée par l’EU-Osha, celle liée à l’utilisation croissante des technologies produisant des champs électromagnétiques (CEM) dans le monde professionnel. On peut notamment citer :
- la 5ème génération de réseaux de télécommunication ou 5G utilisant des fréquences élevées ;
- l’extension du réseau électrique (lignes à haute tension, stations d’onduleurs) et l’amélioration de la surveillance de la consommation instantanée d’énergie au niveau individuel (compteurs intelligents) pour répondre aux enjeux de la transition énergétique ;
- la transmission d’énergie sans fil (WPT – wireless power transfer) pour la recharge d’appareils personnels, d’appareils médicaux, de véhicules électriques, de drones, de robots industriels autonomes, etc. ;
- les nouveaux développements plus précis et plus puissants dans le domaine de la santé et les nouveaux traitements cosmétiques ;
- les applications de sécurité et de numérisation (scanners corporels dans les aéroports, scanners postaux, etc.).
L’automatisation avancée, la robotique, la virtualisation, le travail à distance, les salles de contrôles, etc. sont aussi des technologies sans fil produisant des CEM. Leur présence accrue expose davantage les travailleurs. Les couvreurs ou électriciens œuvrent de plus en plus à proximité de réseaux de téléphonie mobile par exemple. L’exposition des conducteurs de bus ou de camions augmente également du fait de la présence croissante des systèmes WPT. Et le personnel médical se voit exposé aux CEM de façon plus importante avec la hausse du nombre d’applications CEM de santé.

Les effets de l’exposition des travailleurs aux CEM dépendent de leur fréquence, de leur intensité et de la durée d’exposition. Pour des CEM de basse fréquence, les effets peuvent prendre la forme d’une perception d’une charge électrique de surface ou d’une stimulation directe des tissus nerveux et musculaires. Pour des CEM de plus haute fréquence, des effets thermiques sont possibles. Enfin, les CEM peuvent générer des effets indirects comme des courants de contact, des décharges d’étincelles ou des interférences avec les implants médicaux ou leur échauffement.
Pour rappel, les employeurs doivent évaluer les risques liés à l’exposition aux CEM sur le lieu de travail, conformément à la directive 2013/35/UE, garantir le respect des niveaux limites fixés par cette directive et mettre en place des mesures de prévention adéquates.
Cependant, selon l’EU-Osha, cette évaluation « est très complexe en raison de la diversité des sources en termes de fréquence, d’intensité et d’utilisation ». De plus, « des controverses et des lacunes subsistent concernant les effets à long terme des expositions ». C’est dans ce sens que l’agence suggère une mise à jour en continu des normes réglementaires et des lignes directrices pour protéger les travailleurs ainsi qu’une « approche multidisciplinaire de l’évaluation de l’exposition aux CEM et de la prévention des risques ».
Enfin, elle recommande « une surveillance à long terme des niveaux d’exposition aux CEM sur le lieu de travail […] à l’aide de capteurs fixes et portables » et cela pour chaque profession exposée.
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Les innovations sont responsables de nouveaux risques sur le lieu de travail mais le changement climatique et la crise environnementale actuelle peuvent aussi faire émerger de l’éco-anxiété chez les travailleurs. Cette dernière se définit comme des réactions émotionnelles négatives face à la crise environnementale du changement climatique et à la dégradation de l’environnement, qu’elles soient directement vécues ou non.

L’éco-anxiété peut avoir des bénéfices et être « associée à une action proactive des individus envers l’environnement [et] motiver des actions environnementales », note l’agence. En 2023, 77 % des citoyens considéraient le changement climatique comme un problème très grave. Bien que quelques études aient trouvé un lien entre éco-anxiété et symptômes de dépression, d’anxiété, de stress, d’insomnie et de déficience cognitive, émotionnelle et fonctionnelle, « les preuves de recherche sur les impacts du changement climatique sur la santé mentale et le bien-être sont encore limitées », précise l’EU-OSHA.
L’éco-anxiété affecte le bien-être psychologique des travailleurs et représente un défi de santé mentale qui doit être pris en compte par les employeurs. Les métiers s’exerçant dans la nature ou dépendant de la terre, tels que les agriculteurs, seraient davantage concernés par le phénomène d’éco-anxiété. Il peut également toucher de façon plus significative les chercheurs en climatologie, les responsables de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ou les travailleurs du secteur environnemental.
Dans le monde professionnel, l’EU-Osha affirme qu’il est de la responsabilité des employeurs et des préventeurs de « fournir des environnements de travail sûrs et sains ». Ils doivent « apporter un soutien aux personnes qui souffrent » d’éco-anxiété après les avoir identifiées. Pour cela, à l’échelle de l’UE, il est important de « mener de futures études comparatives sur l’éco-anxiété dans la population active européenne pour identifier les groupes qui peuvent être de plus en plus confrontés à l’éco-anxiété au travail et trouver des méthodes pour soutenir ces groupes ».
Toutefois, les préventeurs peuvent d’ores et déjà « fournir des informations et des formations aux travailleurs sur l’éco-anxiété et sur la meilleure façon d’y faire face » (discussions collectives, premiers secours mentaux, programmes généraux de santé mentale, etc.), exhorte l’agence. Ils peuvent aussi intégrer l’éco-anxiété à l’évaluation régulière des risques afin d’en garantir un suivi.
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