Depuis la révolution industrielle, la courbe des températures ne cesse d’augmenter. Ce changement climatique, dont la cause unique est l’activité anthropique, est à l’origine de divers impacts sur le monde du travail. Anaïs Gros, responsable climat à la Bpi Nouvelle-Aquitaine, Pauline Martin, conseillère prévention de l’agglomération La Rochelle et Fabrice Michiels, médecin coordonnateur au SPST 19-24 (service de prévention et de santé au travail Corrèze Dordogne) ont échangé sur les actions de prévention à mettre en place lors d’une table-ronde organisée le 14 octobre dernier au salon Preventica à Bordeaux.
Pour Fabrice Michiels, médecin coordonnateur au service de prévention et de santé au travail (SPST) 19-24, « depuis 1991, on est sur le scénario le plus pessimiste du Giec » (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), soit « + 4 °C d’ici 2100 », ce qui veut dire que « le climat de Paris sera équivalent à celui de Madrid aujourd’hui ». En outre, « les régimes pluviométriques vont changer », leur répartition, leur intensité, et il y aura aussi « plus de sécheresses ».

La modification des données climatologiques et des données environnementales va impacter « le monde du travail au carrefour de toutes ces évolutions », ajoute-t-il en s’appuyant sur le rapport de l’Anses de 2018. Certains dangers sont directement liés aux paramètres climatiques avec une augmentation probable des vagues de chaleur.
« En 2100, en France, l’été ne sera fait que de vagues de chaleur », alerte le médecin coordonnateur. Parmi les enjeux d’origine environnementale, on peut aussi citer les zoonoses, dont les zones d’impact sont transformées. À titre d’exemple, « 1 200 cas d’intoxication à cause d’une algue dans la mer ont eu lieu au Pays Basque » depuis 2021, ou encore « une épidémie de Chikungunya autochtone à Bergerac » en septembre dernier, souligne-t-il.
« Quasiment tous les risques professionnels sont et seront impactés et augmentés par le changement climatique », affirme Fabrice Michiels (également en adéquation avec le rapport de l’OIT de 2024). De nouveaux risques vont émerger, ainsi que de nouveaux métiers. Malheureusement, « la quantification reste pour l’heure impossible ».
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Trois modifications climatiques et environnementales à l’origine de la majorité des risques augmentés sont identifiées par l’Anses :
- il s’agit de « la hausse des températures » pouvant entraîner des coups de chaleur, des troubles neurologiques et psychologiques (baisse de la vigilance), ou des risques psychosociaux (RPS) sur le travailleur de façon directe ou indirecte (modification des horaires de travail) ;
- la deuxième modification porte sur « les évolutions environnementales » comprenant les UV et la modification du risque de mélanome, ou encore le risque biologique avec l’extension de l’ambroisie dans les espaces verts (plante invasive au pollen provoquant de fortes allergies) ;
- « L’augmentation des aléas climatiques intenses » constitue la troisième et dernière modification (inondation, submersion, sécheresse, feux de forêt, etc.). Elle engendre une hausse des interventions de professionnels en conditions dégradées comme pour les pompiers ou les électriciens.

Fabrice Michiels préconise de « traiter les facteurs aggravants un par un dans le Duerp » (document unique d’évaluation des risques professionnels) en faisant preuve de « réflexion et de bon sens ». Par exemple, il serait judicieux de « faire passer moins de temps en zones chaudes aux travailleurs devant porter des tenues de travail contraignantes en période de fortes chaleurs ». Par ailleurs, il rappelle que « toute entreprise ou tout bâtiment qui va se créer aujourd’hui devra intégrer le changement climatique dès sa conception ». Il termine en soulignant que « la meilleure prévention primaire reste d’agir pour [réduire] le changement climatique ».
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À titre d’exemple, l’agglomération de La Rochelle s’est saisie de la problématique du changement climatique à la suite de l’été 2022 et des vagues de chaleur à répétition entraînant des fermetures de services et un travail dégradé. Pauline Martin, conseillère prévention à La Rochelle, indique que « la démarche a été lancée en réponse à un appel à manifestation d’intérêt de l’Anact sur le lien entre transition écologique et travail ». Lors de la réalisation du diagnostic en prévention (identification et évaluation des risques professionnels) « des remontées terrain d’agents qui se plaignaient de la chaleur » ont été identifiées, tout comme « des accidents du travail dus à des piqures d’insectes, des malaises engendrés par la chaleur ou des accidents de trajet à cause du verglas ».
Pour réduire ces risques, l’agglomération a travaillé sur quatre sujets : les bâtiments (accueil des salariés dans de bonnes conditions de travail), le service public (accueil des usagers dans de bonnes conditions), les activités des agents (en intérieur ou en extérieur) et l’organisation du travail (décalage des horaires de travail, réduction de la pause déjeuner, davantage de télétravail, etc.).
Depuis trois ans, tout en préservant les enjeux humains, social, économique, juridique et environnemental, des actions sont en test dans l’agglomération. La première a été le déploiement « d’un observatoire de la SST ». Il permet de « savoir combien il y a d’accidents du travail liés au changement climatique ». Par exemple, pour lutter contre les piqures d’insectes, des tenues de travail de couleur orange fluo ont été déployées à la place du jaune fluo. En effet, « cette couleur attire moins les insectes », ce qui a permis de supprimer les piqures d’insectes en 2025 alors qu’il y en avait eu cinq ou six les années passées.

La Rochelle met également en place d’autres initiatives pour faire face à la chaleur : montre anti-chaleur mesurant la température corporelle pour les agents de la police municipale, fourniture de dotations préventives (gourdes, brumisateur, thermomètre, etc.), essais de vêtements de travail (bandanas, lunettes de soleil, vêtements rafraîchissants, etc.), installation d’abris de protection ou de zones d’ombrage, déploiement de brumisateurs géants, de brasseurs d’air, de films sur les vitres, etc.
Ces actions s’accompagnent d’une communication importante. Pauline Martin rappelle que « pour mobiliser l’ensemble des acteurs, il faut beaucoup de pédagogie ». Il est crucial de « rassembler tout le monde, pas seulement les directeurs et les encadrants, mais aussi les agents qui sont plus force de proposition ». Enfin, pour faire face à l’augmentation des événements météorologiques extrêmes, la conseillère prévention insiste sur le fait que « plus tout cela sera anticipé, plus on pourra parler d’adaptation et plus on pourra aller vers l’avenir du travail ».
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« Les employeurs peuvent être accompagnés dans leur transition écologique et environnementale », rappelle Anaïs Gros, responsable climat à la Bpi Nouvelle-Aquitaine. Sur ce point, Bpifrance dispose d’une mission, confiée par l’État, pour aider les entreprises à s’adapter. Après avoir travaillé pendant cinq ans sur le sujet de l’atténuation du changement climatique dans les entreprises, le plan 2025-2030 dispose d’une enveloppe de 39 millions d’euros dédiée à l’adaptation.
Ce dispositif « Diag Adaptation », mis en œuvre par Bpifrance, « propose un accompagnement personnalisé pour aider les entreprises à anticiper les risques climatiques et à préparer l’adaptation de leur activité au changement climatique », résume Anaïs Gros. Il vise à « acculturer les équipes aux risques physiques liés au changement climatique, identifier les principaux risques actuels et futurs pouvant affecter l’activité de l’entreprise et construire un plan d’action pour adapter l’entreprise et réduire ses risques ».
Les besoins en accompagnement ne sont plus à démontrer puisque, selon une étude menée en 2024 par Bpi, un tiers des entreprises interrogées auraient déjà été affectées par le changement climatique avec des impacts sur l’ensemble de leur chaîne de valeur.
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