« Une exposition accrue aux risques physiques et psychosociaux est significativement associée à une détérioration de l’état de santé, notamment une diminution du bien-être psychologique, une baisse de la santé perçue, l’apparition de limitations fonctionnelles, et une prévalence accrue des affections chroniques ou de longue durée », rend compte Méline Hillion, chargée d’étude à l’Insee (après l’avoir été pour la Dares), dans une étude sur l’effet des conditions de travail sur la santé et le recours aux soins, publiée le 14 novembre par la Dares.
Bénéficiant de « l’expertise de l’équipe du département Conditions de travail et santé de la Dares »* et grâce à la mise à disposition des données de santé de l’Assurance Maladie par la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), la chercheuse a pu, pour la première fois, appréhender l’état de santé des individus en fonction des conditions de travail qui s’améliorent, se dégradent ou restent inchangées, entre la première enquête CT de 2013 et la deuxième CT-RPS de 2016**. La collecte du numéro de sécurité sociale (NIR) des répondants lui a permis d’apparier l’enquête CT-RPS 2016 avec les données de la Cnam sur la période 2012-2017, pour les salariés du secteur privé.
Sur l’état de santé perçu, les différents résultats sont unanimes :
- « l’état de santé général se dégrade significativement lorsque les expositions physiques et psychosociales augmentent ;
- une augmentation des expositions physiques et psychosociales est systématiquement associée à l’altération de l’état de santé général, et l’augmentation des expositions psychosociales est significativement associée à la dégradation du bien-être psychologique ;
- l’apparition de maladies ou de problèmes de santé chroniques ou durables augmente avec les expositions physiques et psychosociales ».
Méline Hillion a aussi corrélé l’exposition aux risques professionnels et les soins. Une augmentation des expositions physiques entraînerait une légère hausse sur les consultations. Les estimations montrent aussi que l’accroissement des expositions professionnelles entraîne à court terme une hausse significative du nombre de médicaments délivrés annuellement. C’est particulièrement le cas des médicaments analgésiques, des psychotropes et des médicaments traitant les troubles musculo-squelettiques.
L’auteure indique que cette étude est a priori la première à faire le lien entre les expositions professionnelles et le recours aux soins sur un échantillon représentatif d’actifs en emploi à l’échelle nationale.
Méline Hillion a également analysé l’effet des expositions professionnelles sur les absences pour maladie ordinaire et le présentéisme déclarés dans les enquêtes CT 2013 et CT-RPS 2016. Les absences pour maladie ordinaire et le présentéisme augmentent avec l’exposition aux facteurs de risques physiques et psychosociaux, pour les salariés étudiés, c’est-à-dire ceux du secteur privé.
Concernant les accidents du travail et les arrêts de travail associés, l’accroissement des expositions professionnelles entraîne une augmentation significative des accidents du travail et des arrêts de travail.
Pour ces deux sujets, l’auteure précise que ces « estimations obtenues pour les salariés du secteur privé sont par ailleurs très comparables avec celles obtenues pour l’ensemble de la population active en emploi sur données déclarées ».
Les résultats de cette analyse sont cohérents avec les études précédentes, puisque, comme l’indique la chercheuse : « Une vaste littérature a montré qu’il existe un lien étroit entre les expositions physiques et psychosociales et les problèmes de santé, notamment musculo-squelettiques, mentaux et cardiovasculaires ».
« De nombreuses études ont montré que les mauvaises conditions de travail sont associées à des pertes de productivité et des coûts organisationnels élevés pour les entreprises, en raison notamment de l’augmentation des absences, du présentéisme, de la rotation du personnel et de la diminution de l’engagement au travail », ajoute-elle, relevant que l’EU-OSHA estime que les maladies et les accidents liés au travail (qu’ils soient ou non reconnus comme tels par les autorités administratives) coûtent à l’Union européenne « de l’ordre de 476 milliards d’euros par an, ce qui représente environ 3,3 % du PIB de l’union économique ».
* Ce travail représente l’aboutissement d’un projet initié en collaboration avec Corinne Mette (Dares) et Jacques Pisarik (Drees), précise l’auteure.
** Les individus du panel sont réinterrogés tous les trois ans, quel que soit leur statut professionnel (emploi, chômage, arrêt maladie de longue durée, retraite, autre forme d’inactivité). La collecte est réalisée par les enquêteurs de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), en face-à-face au domicile des personnes interrogées. Deux questionnaires alternent tous les 3 ans, l’un portant davantage sur les contraintes physiques, environnementales, organisationnelles et les moyens du travail (enquête CT), et l’autre détaillant davantage les facteurs de risques psychosociaux (enquête CT-RPS). Environ deux tiers des questions sont communes aux deux versions de l’enquête.








