Dans une forme de tabula rasa et pour « en finir avec les conneries », le fondateur du cabinet Master, accompagné de l’avocat en santé au travail Michel Ledoux, a lancé depuis le cabinet parisien de ce dernier le 13 juin au matin, un pavé dans la mare : proposer un mode d’emploi de la prévention en libre accès, centré autour de l’écoute des travailleurs (son cheval de bataille), qui promet des effets positifs, d’une part, sur la santé des travailleurs et des dirigeants et d’autre part, sur le porte-monnaie et l’attractivité des entreprises.
Un angle financier inédit pour un effet boule de neige. « Oui [avec cette méthode], il y a moins d’accidents, d’absentéisme, de risques psychosociaux, mais qu’est-ce que l’entreprise de façon sonnante et trébuchante peut reconnaître comme ayant gagné ? », justifie le préventeur dont le projet va prendre en compte « la santé des dirigeants absent des débats » et prouver, espère-t-il, « la performance économique que cela apporte ». « L’idée n’est pas de faire découvrir l’écoute comme étant un levier de transformation mais de changer d’échelle et de générer un choc culturel », explique l’expert en management.
Concrètement, le projet 41-21 suit cinq étapes et respecte quatre principes. Les deux première étapes consistent à s’informer et à s’engager. « Le dirigeant doit s’informer et écrire une lettre d’engagement expliquant pourquoi il s’engage et les principes qu’il s’engage à respecter », explique Vincent Baud. Une lettre à envoyer à la fondation créée pour l’occasion, qui va la rendre publique sur le site du projet 4121. « Tout le monde pourra voir quelle entreprise est engagée et quelle est la nature de l’engagement du dirigeant », précise-t-il.
Ensuite, le dirigeant reçoit le fameux référentiel 41-21, fruit d’un « débat de 6 mois » avec les experts de la fondation, dont Michel Ledoux, le directeur du bureau de l’OIT pour la France, Cyril Cosme, la co-garante des assises du travail, Sophie Thiéry, l’ancien président de l’INRS et conseiller du CESE, Jean-François Naton ou encore l’ex-directeur de l’Anact, Hervé Lanouzière. « Là, il va voir ce que nous lui demandons, poursuit Vincent Baud. Il va devoir définir une feuille de route SQVT avec ses partenaires sociaux ou un salarié désigné compétent en prévention dans les TPE. Et faire un autodiagnostic : Qu’est-ce que j’ai ? Qu’est-ce que je n’ai pas ? »

Cette feuille de route détaillant le « comment » et le « quand » (maximum trois ans) des actions à mettre en place pour respecter le référentiel est ensuite transmise à la fondation. « Elle sera totalement accessible à tout le monde, prévient une nouvelle fois Vincent Baud. On saura ce que le dirigeant veut faire. »
Quatrième et cinquième étape : agir de manière collective avec « au moins une personne compétente en prévention » (formation du ou des salariés amenés à mener la démarche) et dresser un bilan annuel validé par les partenaires sociaux qui sera également publié sur le site. Une méthode basée sur le triptyque « écouter, évaluer, agir » qui respecte quatre principes : la gratuité, le respect total du référentiel, la transparence et le dialogue social. « Il n’y a pas d’argent qui circulera entre la fondation et les entreprises », assure le président du fonds de dotation qui se garde la possibilité de suspendre un engagement qui ne serait pas respecté.
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Triple appel
Pour donner vie à ce projet nommé « 41-21 » en référence à l’article L4121-1 du code du travail, la fondation par fonds de dotation lance un triple appel. D’abord à financement. « Ce projet est plus grand que nous, il n’est pas là pour faire tourner nos boutiques, assure Vincent Baud. Nous avons créé une fondation pour affirmer le but non-lucratif du projet, son but d’intérêt général. Nous ne vivons pas de ce projet, notre fondation ne reçoit pas d’argent public, elle aura les moyens qu’on lui donnera. »

Le préventeur appelle ensuite « 1 000 entreprises de toutes tailles et tous secteurs d’activités à rejoindre le projet » (en particulier les petites entreprises et celles du secteur du soin) pour recueillir des données fiables, destinées à nourrir l’analyse d’un laboratoire scientifique externe « presque choisi » pour une « démonstration par la preuve ». « Le cahier des charges que l’on a donné au laboratoire exige d’évaluer la performance économique réelle gagnée », insiste Vincent Baud qui révèle de nouveaux indicateurs comme le pourcentage de salariés écoutés ou des « taux de fréquence des atteintes à la santé physique et mentale » (via une remontée terrain du nombre de salariés affectés ayant consulté des médecins du travail, via les hotlines d’assistance psychologique ou via les accidents du travail pour « choc psychologique »).
Un « test grandeur nature » qui, troisième appel, nécessite des « experts en prévention » pour accompagner « bénévolement » ces entreprises engagées. « L’idée est de porter plus haut l’engagement des entreprises pour qu’elles puissent mobiliser les cabinets de prévention », glisse le CEO du cabinet Master, qui ne veut pas couper l’herbe sous le pied de la profession. « Ce qui manque aujourd’hui le plus aux préventeurs, ce sont des employeurs qui sont prêts à amener jusqu’au bout ce sujet-là », estime-t-il.
Pour l’heure, quelques entreprises sont déjà partantes (les SPST de la fondation, l’entreprise qui gère la communication du projet, un cabinet de gestion de patrimoine et l’entreprise 3media). Si ce n’est que le début de l’aventure, le préventeur craint « que les entreprises ne puissent pas y aller ou que si elles y vont, qu’elles n’y aillent pas jusqu’au bout ». « À cause de la réalité du travail, j’ai peur que l’atteinte des exigences du référentiel soit impossible. [Dans ce cas], l’objectif est aussi de participer au savoir sur la santé au travail et de tout rendre public en open source, relativise-t-il. Imaginons que le projet soit une semi-réussite ou même un échec dans le cas où l’on ne démontre pas qu’il y ait plus de santé au travail et de performance qu’avant… » Un scénario du pire que le préventeur n’évacue pas… tout en avançant que « tout le monde sait en pratique et en théorie que ça fonctionne ».
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Michel Ledoux : « J’en ai ras-le-bol de faire indemniser des gens sans qu’il se passe grand-chose »
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| « Moi, je m’engage là-dedans parce que je ne vous cache pas que j’en ai marre, au bout de 30 ou 35 ans, de continuer à faire systématiquement indemniser des gens, s’est emporté l’avocat Michel Ledoux. C’est bien gentil, c’est vertueux, je suis ravi que les gens perçoivent des dommages et intérêts mais il faut quand même que ça s’arrête un jour. »
« J’en ai ras-le-bol de faire indemniser des gens sans qu’il se passe grand-chose alors même que l’on baigne dans des discours sirupeux et vagues, poursuit-il. Dans les grandes entreprises qui mettent en œuvrent des technologies extrêmement sophistiquées, j’ai toujours le même discours « On y va, on y va » mais sur le terrain, il y a encore des trous dans la raquette absolument invraisemblables ! Et comme on n’écoute pas les principaux intéressés, les gens sur le terrain, ça continue et on colmate un peu comme on peut. » « On a accompagné tout ce mouvement très puissant de la Cour de cassation qui, ces vingt dernières années, n’a cessé d’augmenter le montant des dommages et intérêts en espérant que les employeurs comprennent qu’il vaut mieux mettre de l’argent dans la prévention que dans la réparation, enchérit-il. […] Le problème, c’est que l’on voit bien que l’on patine. On a atteint certaines limites. Il faut désormais trouver des solutions pour aller plus loin. La cause racine de la plupart des AT/MP est l’organisation du travail. Il faut être aveugle pour ne pas s’en rendre compte. » |
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