Deux tiers des Français travaillant dans un bureau déclarent rester assis au moins la moitié de leur journée professionnelle (65 %), rend compte la fondation d’entreprise Harmonie mutuelle dans une étude* publiée en juin (en pièce jointe). Ils sont 18 % à déclarer être assis toute leur journée de travail (26 % des télétravailleurs). Conscients des risques liés à la sédentarité (84 % des sondés, actifs ou non, estiment qu’elle peut avoir un impact négatif sur la santé), la plupart des travailleurs cherchent à bouger, à marcher régulièrement, à se dégourdir les jambes ou à s’étirer au bureau (65 %).
Ils sont encore plus nombreux à demander des solutions auprès de leur entreprise : 77 % seraient favorables à un aménagement des espaces de travail pour encourager les déplacements (comme installer l’imprimante à distance du bureau). Les proportions s’élèvent à 81 % chez les télétravailleurs et à 84 % chez les actifs parents d’au moins un enfant.
Et 71 % des actifs (76 % des télétravailleurs et 74 % des actifs parents) souhaiteraient travailler de façon plus dynamique, debout ou en marchant (travailler debout, réunions debout, etc.). « L’attente forte manifestée par les actifs en matière d’aménagement des espaces et des habitudes de travail révèle le rôle crucial que les entreprises peuvent jouer pour contribuer concrètement à la lutte contre la sédentarité », commente Lionel Fournier, directeur de la fondation d’entreprise Harmonie Mutuelle.
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Concernant les trajets domicile-travail, la voiture – qui expose le conducteur à un comportement sédentaire – reste le moyen de transport le plus plébiscité par les actifs : 60 % d’entre eux l’utilisent (77 % en zone rurale), principalement « en raison de la distance avec leur domicile ». Loin devant la marche à pied (14 %) ou le vélo (4 %). Les parents doivent aussi composer avec le trajet domicile-école : 56 % des actifs qui utilisent la voiture pour conduire leurs enfants à l’école se disent contraints par la distance (76 % en zone rurale).
Autre frein : les infrastructures. La moitié des Français sondés estime que celles à proximité de leur domicile ne les incitent pas à utiliser des modes de déplacements « doux » (vélos, marche, trotinette, etc.), une proportion qui s’élève à 67 % en zone rurale. « Les disparités entre zones urbaines et rurales jouent un rôle déterminant dans l’adoption de comportements sédentaires, pointe Lionel Fournier. Elles soulignent des inégalités territoriales. »
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Parmi les facteurs de sédentarité évoqués par les sondés, l’hyperconnexion occupe une place particulière (76 % d’entre eux la désigne comme un facteur aggravant, au même titre que l’isolement ou le manque de relations sociales). Au travail, 37 % des actifs déclarent passer plus de 5 heures par jour devant un écran. Ils sont autant, actifs ou non, à le faire le week-end (44 % pour les jeunes de 15 à 20 ans, voir encadré).
Dans sa stratégie Sport-santé 2025-2030 publiée le 5 septembre, le gouvernement prévoit d’inciter les entreprises à proposer des dispositifs de promotion de l’activité physique et de lutte contre la sédentarité à leurs employés. « Une expérimentation pourrait être menée à cet effet sur un territoire dans le cadre du plan régional Santé au travail 5 d’une région volontaire », précise-t-il.
Selon lui, plus de 20 % des adultes passent plus de 7 heures par jour en position assise, notamment en raison de la sédentarité au travail. Une situation « aggravée par l’essor du télétravail et la numérisation des métiers [qui] a des effets délétères bien documentés : augmentation du risque de maladies chroniques, troubles musculo-squelettiques, baisse du bien-être, absentéisme accru ».
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« La sédentarité a colonisé nos modes de vie »
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| Dans une note publiée en juillet par la fondation Jean-Jaurès, think tank historiquement de gauche, le haut-fonctionnaire et normalien, Paul Klotz, estime que la sédentarité moderne « revêt toutes les caractéristiques d’un bouleversement anthropologique ». « La rapidité avec laquelle la sédentarité a colonisé nos modes de vie frappe, autant que l’ampleur des dangers qu’elle soulève ». À l’ère du « capitalisme numérique », l’auteur estime que « l’ensemble du temps libre supplémentaire dégagé par l’amélioration de nos modes de vie a été entièrement absorbé par un temps numérique de loisir ».
Un immobilisme lucratif sur lequel surfent, selon l’auteur, les entreprises d’intermédiation numérique (Uber Eats ou Deliveroo) et les services numériques de streaming et de divertissement audiovisuel (Netflix, Amazon Prime, YouTube ou encore Disney+). Des secteurs d’activité qui rendent de facto « inutile tout déplacement physique ». L’industrie pharmaceutique et médicale bénéficierait aussi indirectement de « l’expansion de la sédentarité » via « la commercialisation de médicaments destinés à traiter le diabète, l’hypertension ou encore l’obésité », ajoute Paul Koltz. La « nouvelle organisation du travail » jouerait également un rôle dans cette expansion : « D’une part, le télétravail s’est massivement développé dans l’économie, entraînant une baisse équivalente des trajets pendulaires réalisés par les travailleurs, y compris lorsqu’ils étaient faits en vélo ou à pied. D’autre part, l’économie est devenue largement servicielle, reconfigurant la relation de travail ». En 2019, un tiers des salariés occupaient un emploi de bureau selon le ministère du travail (un emploi sur deux dans la métropole du Grand Paris en 2017 selon l’Insee). |
*Enquête réalisée selon la norme ISO 20252 par l’institut de sondage Opinion Way du 25 février au 11 mars 2025 auprès d’un échantillon de 3 000 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus.
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