« Les risques psychosociaux (RPS) liés au travail constituent une menace majeure et croissante pour la sécurité et la santé des travailleurs, la productivité organisationnelle et, plus largement, la performance économique mondiale », alerte l’OIT dans un rapport publié le 22 avril.
À partir de nouvelles estimations, l’OIT évalue la mortalité attribuable à cinq facteurs majeurs de RPS liés au travail (stress au travail, déséquilibre entre efforts et récompenses, précarité de l’emploi, longues heures de travail – plus de 55 heures par semaine – et harcèlement) en croisant des données de prévalence avec des données sanitaires internationales.
Selon l’organisation, ces expositions « ont entraîné environ 840 088 décès annuels dans le monde : 783 694 imputables aux maladies cardiovasculaires (MCV – cardiopathie ischémique et accident vasculaire cérébral) et 56 394 aux troubles mentaux (TM) ». Et « ces risques entraînent également la perte de presque 45 millions d’années de vie corrigées du facteur invalidité (AVCI) chaque année ».
Ces expositions ont d’autres conséquences – bien connues des préventeurs – sur les travailleurs, telles que la dépression, les troubles anxieux, l’épuisement professionnel, les troubles du sommeil, les « stratégies d’adaptation préjudiciables » avec « le stress chronique au travail [qui] peut entraîner une augmentation du tabagisme, de la consommation d’alcool, de la suralimentation et de la sédentarité », comportements qui « contribuent, à long terme, à l’obésité, à l’hypertension et à d’autres maladies chroniques ».
Les RPS sont associés à des problèmes de santé physique, notamment les maladies cardiovasculaires, rappelle l’OIT.
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Les RPS affectent également les employeurs : absentéisme et présentéisme (le fait de se rendre au travail en étant malade et donc de travailler en deçà de ses capacités maximales), baisse de l’engagement, de la performance et de la productivité, ainsi que des effets sur la satisfaction au travail et la fidélisation.
Des impacts sur « la confiance et la collaboration organisationnelle » sont également constatés. Ces paramètres « se détériorent sous l’effet d’une exposition prolongée aux RPS, compromettant l’innovation, la capacité d’apprentissage et l’adaptabilité au changement ».
L’OIT estime le coût économique annuel combiné des maladies cardiovasculaires et des troubles mentaux associés aux mêmes cinq facteurs de RPS à 1,37 % du PIB mondial.

L’OIT rappelle les cadres réglementaires (régionaux et nationaux) et son propre cadre « relatif aux RPS et à la santé mentale au travail », notamment les différentes conventions qui peuvent être ratifiées par les États, comme la convention n° 155 sur la santé et la sécurité au travail ratifiée par la France récemment.
L’Organisation liste également plusieurs mesures préventives. On retrouve des pratiques qui correspondent à des exigences réglementaires, en France, mais aussi des bonnes pratiques, voire des modes d’organisation qui favorisent la fameuse « écoute des travailleurs ». À titre d’exemples :
- sur la conception du travail et des tâches de travail :
- « lorsque le poste implique une forte charge émotionnelle, prévoir des mesures d’accompagnement telles que la rotation des tâches pour éviter les interactions particulièrement exigeantes et des temps de récupération entre les tâches émotionnellement intenses ;
- alterner les tâches afin de réduire l’exposition prolongée à des activités physiquement exigeantes ;
- réduire les tâches inutiles, faciliter la rotation des tâches et proposer des alternatives pour maintenir l’engagement au travail, en évitant les tâches trop simples, répétitives ou monotones ;
- encourager la communication informelle entre les managers et les travailleurs, ainsi qu’entre les travailleurs eux-mêmes, et mettre en place des systèmes de partage d’informations afin que les travailleurs aient accès aux informations dont ils ont besoin pour accomplir leur travail ;
- accorder aux travailleurs une autonomie appropriée, en fonction de la nature de leur travail, afin qu’ils puissent accomplir leurs tâches efficacement et en toute sécurité ;
- fournir un soutien supplémentaire pendant les périodes de forte demande (par exemple, faire appel à plus de personnel, utiliser de meilleurs équipements ou externaliser certaines tâches) ;
- ajuster la charge de travail totale en fonction des ressources disponibles ainsi que du nombre et des capacités des travailleurs ;
- si le travail est automatisé ou informatisé, concevoir les procédés pour que le rythme de travail soit adapté aux travailleurs, en tenant compte de la nécessité de changer de tâche ou d’interrompre le flux de travail pour faire des pauses ;
- adapter les compétences des travailleurs à la charge de travail et à sa complexité afin d’éviter une surcharge de travail (comme un manque de travail ou des tâches de travail trop faciles à réaliser) » ;
- sur les politiques, pratiques et procédures générales régissant le travail :
- « fournir des informations claires sur les horaires de travail et la disponibilité des travailleurs (y compris les télétravailleurs) afin de faciliter leur droit à la déconnexion ;
- mettre en place des mécanismes pour accompagner les travailleurs et les supérieurs hiérarchiques dans les processus de changement (par exemple, organiser des séances d’information ou de retour d’expérience pour répondre à toute question) ;
- sur la violence et le harcèlement au travail, développer et mettre en œuvre des procédures transparentes et pertinentes pour signaler les incidents, gérer les conflits et résoudre les problèmes, en précisant les comportements attendus et la manière dont ils seront gérés ;
- mettre en place des mécanismes d’information et de consultation pour discuter régulièrement du travail, de sa réalisation et de tout changement ayant une incidence sur les travailleurs ;
- imposer des pratiques de gestion qui privilégient la sécurité et la santé des travailleurs sur le plan psychosocial, parallèlement aux objectifs organisationnels et de productivité, et qui s’appuient sur un leadership éthique et transparent ».
« Les risques psychosociaux deviennent l’un des défis les plus importants pour la sécurité et la santé au travail dans le monde du travail contemporain », insiste Manal Azzi, responsable de l’équipe des politiques et systèmes de SST à l’OIT.
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Au Japon, le « karōshi » et le « karō-jisatsu » toujours d’actualité
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| Dans son rapport, l’OIT évoque la situation au Japon, où sont reconnus le « karōshi (mort subite causée par une surcharge de travail) qui résulte le plus souvent d’événements cardiovasculaires, tels qu’un AVC ou un infarctus du myocarde, consécutifs à des heures de travail excessives et prolongées » et le « karō-jisatsu (suicide causé par une surcharge de travail) qui désigne un suicide associé à une surcharge de travail ou à un stress sévère lié au travail, survenant souvent dans un contexte d’épuisement chronique, de dépression ou de pression extrême sur le lieu de travail ».
« Bien que des réformes politiques au Japon aient commencé à s’attaquer aux heures supplémentaires excessives et aux modes de travail inadaptés (comme la réforme des modes de travail de 2018), les données suggèrent que les troubles de santé liés à une surcharge de travail et le suicide restent un défi urgent en matière de santé au travail et de santé publique », indiquent les auteurs. |








