Comme chaque année (voir bilan 2023 et bilan 2022), l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) publie son bilan de l’exposition professionnelle aux rayonnements ionisants.
Le bilan 2024 publié le 11 septembre dernier (en pièce jointe) est basé sur les données de la surveillance de l’exposition externe et interne des travailleurs enregistrés dans le système d’information de la surveillance de l’exposition aux rayonnements ionisants (SISERI, voir modalités de surveillance individuelle et modalités relatives au système SISERI).
À la différence des années passées, seuls les travailleurs faisant l’objet d’une surveillance dosimétrique individuelle (SDI), comprenant ceux classés en catégorie A ou B (C. trav., art. R. 4451-57 ; C. trav., art. R. 4451-64 ; C. trav., art. R. 4451-66). Par conséquent, les travailleurs faisant uniquement l’objet d’une surveillance radiologique (SR), aussi appelés « travailleurs non classés », sont exclus de ce suivi. Ce qui explique la baisse du nombre de travailleurs surveillés en 2024 dans le cadre des activités professionnelles utilisant des sources de rayonnements ionisants, un chiffre qui est passé de 360 743 en 2023 à 248 814 en 2024.
Dans le détail, parmi les travailleurs surveillés, 28 779 sont classés en catégorie A, 219 155 en catégorie B, 87 sont exposés au radon dont 33 également classés en catégorie A ou B, et 4 540 sont susceptibles d’être exposés en situation d’urgence radiologique (SUR) dont 4 473 aussi classés en catégorie A ou B.
Si on compare seulement l’effectif surveillé en 2024 par rapport à celui des travailleurs bénéficiant d’une SDI en 2023, il est en baisse de 4 %. Une diminution qui s’explique notamment par le fait que la transmission des résultats dosimétriques dans SISERI n’est pas encore exhaustive de la part des organismes accrédités.
Sur l’effectif suivi en 2024, 224 630 travailleurs, soit 90 % du total, réalisent des activités civiles et militaires dans les domaines du nucléaire, de l’industrie, de la recherche, du médical, du dentaire et du vétérinaire. 24 184 travailleurs, représentant 10 % de l’effectif, sont suivis pour une exposition à la radioactivité naturelle (qui est présente surtout dans l’aviation avec les rayonnements cosmiques).
La répartition des effectifs suivis par domaine d’activité est la suivante :
- 114 435 travailleurs dans le médical, soit 46 % de l’effectif (- 14 % contre 2023) ;
- 89 732 travailleurs dans le nucléaire, soit 36 % (+ 9 %) ;
- 9 129 travailleurs dans l’industrie non nucléaire, soit 3,7 % (- 14 %) ;
- 6 432 travailleurs dans la recherche, soit 2,6 % (- 11 %) ;
- 24 184 travailleurs exposés à la radioactivité naturelle, soit 9,7 % (+ 14 %) ;
- 4 902 travailleurs exerçant dans d’autres secteurs, soit 2 % (+ 19 %).
La dose efficace collective, qui est la somme des doses efficaces individuelles reçues par les travailleurs faisant l’objet d’une SDI, s’élève à 87,36 H.Sv pour 2024. À titre de comparaison, si 1 000 travailleurs recevaient chacun une dose de 1 mSv, la dose efficace collective serait de 1 000 Homme.mSv (H.mSv), soit 1 H.Sv. La dose efficace collective enregistrée en 2024 est constituée à 99 % par l’exposition externe (rayonnements ionisants provenant d’une source située à l’extérieur de l’organisme).
Elle est en hausse de 4 % comparativement à 2023 où elle était de 84,23 H.Sv. Une augmentation en partie due à celle de l’exposition des travailleurs du nucléaire.
La dose moyenne sur l’effectif exposé est, quant à elle, de 0,35 mSv en 2024, une donnée que l’on ne peut pas comparer à celle de 2023 (0,95 mSv) puisqu’elle est désormais calculée sur l’effectif total suivi et non pas sur l’effectif ayant reçu une dose supérieure au seuil d’enregistrement des dosimètres, fixé à 0,1 mSv, comme c’était le cas dans les précédents bilans d’exposition.
Plus précisément, les travailleurs les plus exposés aux rayonnements ionisants sont ceux exposés à la radioactivité naturelle, surtout dans l’aviation, avec une dose efficace annuelle moyenne de 1,15 mSv. Ils sont suivis par les travailleurs du nucléaire (0,55 mSv) et ceux de l’industrie non nucléaire (0,32 mSv). Les travailleurs des autres secteurs (0,13 mSv), du médical (0,05 mSv) et de la recherche (0,03 mSv) sont nettement moins exposés.
Une part de 11,4 % de l’effectif total suivi, soit 28 480 travailleurs, est exposée à une dose efficace annuelle supérieure à 1 mSv (seuil de classement en catégorie B). Moins de 1 % de l’effectif a reçu une dose efficace de plus de 6 mSv, constituant le seuil réglementaire qui définit le classement d’un travailleur en catégorie A ou qui acte le déploiement d’une surveillance dosimétrique individuelle pour l’exposition au radon provenant du sol.
Onze travailleurs ont reçu une dose efficace annuelle supérieure à 20 mSv, qui représente la valeur limite d’exposition professionnelle fixée par le code du travail, contre seulement cinq travailleurs en 2023. Parmi eux, huit ont été exposés au radon provenant du sol dans des environnements souterrains, deux sont dans le secteur médical et un dans l’industrie.
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Une surveillance de l’exposition interne aux rayonnements ionisants est réalisée tous les ans auprès des travailleurs qui œuvrent à proximité de sources non scellées et qui peuvent incorporer des substances radioactives par inhalation, pénétration transcutanée, blessure ou ingestion.
En 2024, 161 894 examens de routine (vérifications dans les conditions normales de travail) ont été menés auprès de 58 229 travailleurs, soit 32 % de moins qu’en 2023 du fait de la non-comptabilisation dans SISERI des examens de prélèvements nasaux. La part d’examens positifs s’élève à 7 %, soit 10 612 examens, un chiffre en hausse de 0,6 %.
Pour la surveillance spéciale (lors d’un événement particulier avec suspicion de contamination), 12 650 examens sont comptabilisés en 2024 sur 3 274 travailleurs. 93 % d’entre eux ont été réalisés dans le nucléaire, contre 89 % en 2023. 22 % de ces examens se sont avérés positifs, soit 2 782 examens, également un résultat en augmentation de 17 % si on le compare aux chiffres de 2023.
L’ASNR analyse les événements significatifs en radioprotection (ESR). Au total, 313 ESR dans le cadre de la SDI des travailleurs exposés sont recensés en 2024 avec 167 dans le nucléaire, 67 dans le médical, 41 dans l’industrie non nucléaire, 29 dans la recherche et l’enseignement et 9 concernant la radioactivité naturelle.
Ces ESR concerne principalement les réacteurs de production (110 ESR) dans le nucléaire, le contrôle non destructif (25) dans l’industrie non nucléaire, la médecine nucléaire (22) et le radiodiagnostic (20) dans le médical, la recherche liée au nucléaire (18) dans la recherche et l’enseignement et l’exposition au radon (8) dans la radioactivité naturelle.
Ce bilan 2024 de l’exposition professionnelle aux rayonnements ionisants propose également deux focus sur la radioprotection. Le premier porte sur les travailleurs du secteur du transport de substances radioactives en charge d’environ 980 000 colis chaque année et exposés lors des opérations de préparation, manutention, chargement, transport et déchargement des colis. Dans ce secteur, selon les données de SISERI, la majorité des travailleurs sont exposés à plus de 1 mSv mais aucun dépassement de la valeur limite d’exposition professionnelle de 20 mSv n’est toutefois constaté. Les domaines les plus exposés sont le médical et l’industrie non nucléaire.
Le second focus s’intéresse aux travailleurs du secteur des pratiques interventionnelles radioguidées dans le secteur médical. Là aussi, la majorité des travailleurs sont exposés à plus de 1 mSv. Les personnels les plus exposés sont les cardiologues, les radiologues ainsi que les manipulateurs en électroradiologie.
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