Le radon, gaz radioactif naturel classé cancérigène pulmonaire certain pour l’homme (groupe I) depuis 1987 par le CIRC, est à prendre en compte par tous les employeurs dans l’évaluation des risques professionnels depuis 2018. Ces dernières années, la réglementation sur le sujet a nettement évolué afin de mieux maîtriser la principale source d’exposition naturelle aux rayonnements ionisants. De plus, la majorité des dépassements de la valeur limite d’exposition professionnelle (VLEP fixée à 20 mSv) des rayonnements ionisants sont causés par le radon.
C’est dans ce contexte que le ministère du travail et des solidarités a mis à jour en décembre 2025 son guide pratique à destination des employeurs et des acteurs de la prévention du risque radon. Il propose également un recueil de questions-réponses avec des explications précises et techniques sur la gestion du risque radon, risque encore trop méconnu et pas assez pris en compte.
Ce nouveau guide tient compte des évolutions réglementaires récentes. Il vise à accompagner les employeurs, mais aussi tous les acteurs de la prévention, dans l’évaluation du risque radon et la mise en œuvre de mesures de prévention, de réduction et de protection. L’objectif principal reste de prévenir l’exposition des travailleurs au risque radon.
Ce gaz, qui provient du sol ou indirectement de l’eau ou de certains matériaux de construction, est problématique sur le lieu de travail dans les espaces clos (bâtiments, ouvrages, cavités, etc.) puisqu’il va s’y accumuler. Il n’est malheureusement pas possible de supprimer le radon dans un lieu de travail mais des mesures sont à prendre pour réduire son niveau moyen en dessous du niveau de référence (NR) réglementaire fixé à 300 Bq/m³ en moyenne annuelle.
En France métropolitaine, environ 3 000 décès par cancer du poumon par an seraient attribuables au radon, ce qui représente 10 % des décès pour ce type de cancer.
Ainsi, le guide détaille la démarche de prévention du risque radon. Tout d’abord, le préventeur désigné pour la réaliser mène une analyse documentaire et recueille les informations disponibles : potentiel d’exhalation du radon provenant du sol (3 catégories : faible, variable, significatif), qualité de la construction vis-à-vis du radon (étanchéité sol-bâtiment, système de ventilation, etc.), résultats existants de mesurage du radon, activités professionnelles et conditions de travail (locaux de travail spécifiques, travail de nuit, opérations en milieu souterrain ou espace confiné, etc.). La forte concentration du radon peut aussi être favorisée par une source de chaleur, l’utilisation d’eau en quantité importante, une forte dépression, le passage de nombreuses canalisations ou de nombreux câbles, un sol en terre battue ou encore l’absence de système de ventilation.
L’évaluation du risque radon, qui se base sur l’analyse documentaire, est à consigner dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (Duerp) pendant au moins 10 ans. Si l’exposition au radon est susceptible de dépasser le NR de 300 Bq/m³, alors la démarche se poursuit et des mesures de réduction et un mesurage du radon sont à mettre en œuvre.
Le mesurage du radon est à réaliser à l’aide d’appareils de mesure intégrée du radon à lecture différée. Aussi appelés détecteurs, ces derniers doivent être fournis et utilisés par le même organisme accrédité (laboratoire). Les résultats du mesurage sont à intégrer au DUERP et peuvent être consultés pendant au moins 10 ans. À noter que le Duerp doit, quant à lui, être conservé 40 ans. Les résultats sont également communiqués par l’employeur au Service de prévention et de santé au travail (SPST) et au Comité social et économique (CSE).
Dans un bâtiment à usage professionnel, il est préférable que le mesurage soit effectué pendant la période froide, c’est-à-dire de septembre à avril en France métropolitaine (fenêtres fermées, chauffage en fonctionnement). Il est réalisé au poste de travail ou au plus proche de ce dernier. Le nombre de détecteurs utilisés doit être adapté aux plans des locaux de travail. Un détecteur radon est placé dans un local de travail représentatif d’un ensemble de locaux de travail qui a les mêmes caractéristiques techniques, la même activité professionnelle et des conditions de travail similaires.
Le mesurage du radon doit intégrer des particularités (humidité, confinement, empoussièrement, variations saisonnières, etc.) pour certains lieux de travail spécifiques en milieu souterrains (mines, carrières, grottes, caves à vins, caves à fromage, champignonnières, entrepôts souterrains, installations de stockage de déchets, etc.).
La fréquence du mesurage du radon dépend des modifications des conditions de travail. Si des changements affectent de façon importante les facteurs de variation du radon, alors un nouveau mesurage peut s’avérer nécessaire.
Une fois les résultats du mesurage du radon obtenus, s’ils sont inférieurs au NR, les obligations réglementaires s’arrêtent là. Dans le cas contraire, si les résultats sont supérieurs au NR, l’employeur à l’obligation de mettre en place des mesures de réduction de l’exposition au radon.
Ces mesures peuvent être la mise en œuvre d’autres procédés de travail qui n’exposeraient pas les travailleurs au radon ou réduiraient leur exposition. L’employeur, aidé de son préventeur, peut aussi améliorer l’étanchéité du bâtiment vis-à-vis des points d’entrée du radon, ou améliorer le renouvellement d’air des locaux. Pour les lieux de travail spécifiques, les mesures de réduction doivent être adaptées au cas par cas en fonction de la spécificité du lieu.
Dans un délai de 3 ans maximum, si ces mesures de réduction ne permettent pas d’obtenir un mesurage inférieur au NR de 300 Bq/m³ en moyenne annuelle, alors une « zone radon » s’applique. Le dépassement est à déclarer à l’ASNR (via les résultats du mesurage) et l’employeur doit désigner un conseiller en radioprotection (CRP).
La zone radon fait l’objet de deux types de mesures. Premièrement, des mesures collectives au niveau des lieux de travail avec la mise en place de la zone radon (délimitation et signalisation) où sont réalisées des vérifications : surveillance périodique par mesurages intégrés et surveillance continue par mesures en continu. Il existe toutefois la possibilité de suspendre la zone radon : c’est la « zone radon intermittente » (avec une signalisation spécifique). Trois conditions doivent être réunies : la concentration en radon doit être inférieure au NR (grâce à l’aération et la ventilation), des appareils de mesure en continu à lecture directe sont disponibles au plus près de l’opération, et le CRP, ou un intervenant sous sa supervision, est présent avant le début de l’opération et vérifie les deux conditions précédentes durant l’opération.
Ensuite, la zone radon se caractérise par des mesures individuelles. Les travailleurs qui y entrent font l’objet d’une évaluation individuelle de l’exposition au radon. Si le résultat de l’évaluation est inférieur à 6 mSv par an (dose efficace liée au radon que le travailleur est susceptible de recevoir sur 12 mois glissants), alors le travailleur est dit « surveillé ». Il fait l’objet d’une surveillance radiologique (avec un appareil de mesure en continu du radon) et bénéficie d’une information adaptée.
Cependant, si le résultat de l’évaluation est supérieur à 6 mSv par an, dans ce cas le travailleur est dit « exposé » et bénéficie d’un dispositif renforcé. Il aura alors accès à une formation adaptée et fera l’objet d’une surveillance dosimétrique individuelle (SDI avec un détecteur actif à lecture différée) et d’un suivi individuel renforcé (SIR par un médecin du travail formé sur ce risque). Le CRP peut analyser l’intérêt de porter un équipement de protection individuelle (EPI pour la protection des voies respiratoires) si les mesures de protection collective sont insuffisantes (l’avis du médecin du travail sera aussi nécessaire).
À noter que le port d’un EPI ne dispense pas l’employeur de mettre en place une SDI et un SIR.
Le document de questions-réponses, qui se constitue d’une vingtaine de pages, est issu de problématiques remontées du terrain. Il donne des clés sur l’ensemble des sujets énoncés dans le guide pratique.
Ces deux documents ont été élaborés par la Direction générale du travail (DGT) associée à des représentants de l’ASNR, de l’INRS, du réseau Carsat, du ministère chargé de l’agriculture et des services déconcentrés du ministère du travail.
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