Le risque est connu, les outils et les recommandations existent, mais les accidents persistent. Le Bureau d’analyse des risques et pollutions industriels (Barpi) a publié le 27 avril dernier une synthèse consacrée à l’accidentologie liée aux travaux par point chaud sur la période 2016-2025. Le sujet avait déjà fait l’objet d’un flash en décembre 2024, dans un contexte d’« accidentologie particulièrement significative » après ce type de travaux, notamment lors d’opérations de maintenance, préventive ou curative, ou de démantèlement.
Dans le cadre de cette étude, le Barpi a analysé 274 incidents ou accidents* survenus en France entre 2016 et 2025 et liés à des travaux par point chaud, comme le soudage, le meulage ou le découpage. En moyenne, le bureau recense 27 événements par an.
Sur les 274 cas étudiés, 189 sont des incidents et 85 des accidents. Près des trois quarts concernent des sites ICPE soumis à autorisation ou des sites Seveso. Les secteurs les plus représentés sont l’industrie agroalimentaire et le traitement des déchets, chacun à hauteur de 16 %, devant la métallurgie, la construction mécanique, l’industrie chimique et pharmaceutique, le travail du bois, le transport et l’entreposage ou encore le commerce.
Surtout, l’année 2025 marque une hausse nette : 17 accidents sont recensés, soit au moins deux fois plus que chacune des cinq années précédentes, où le nombre d’accidents oscillait entre 3 et 8 par an.
Sans surprise, les incendies dominent très largement l’accidentologie. Sur les 274 événements répertoriés, le Barpi recense 265 incendies. L’analyse relève aussi 30 explosions et 60 rejets de matières dangereuses ou polluantes.
Les explosions peuvent notamment être liées à des gaz ou vapeurs inflammables, à des contenants chauffés par un incendie, à des équipements d’oxycoupage ou à des poussières combustibles. Les rejets, eux, sont principalement dus aux fumées d’incendie.
Les causes premières identifiées par le Barpi sont liées aux interventions humaines dans 99 % des cas. Sont aussi relevés des dangers latents, des pertes de contrôle de procédé, des défauts matériels ou encore des agressions externes.
Les situations à risque sont variées : travaux mal sécurisés, mauvais choix d’outil, modification non maîtrisée du mode opératoire, travaux non prévus, présence non identifiée de matières combustibles, résidus liquides ou gazeux dans des équipements, poussières ou déchets à proximité, ventilation ou aspiration maintenant un flux dangereux.
Le Barpi a pu remarquer des causes profondes dans 172 des 274 événements analysés. Elles portent en grande partie sur l’organisation avec des défauts d’identification des risques (47 %), des procédures et des consignes insuffisantes (37 %), une mauvaise organisation des contrôles (27 %), des personnes pas assez formées et qualifiées (25 %), des choix d’équipements et de procédés inappropriés, ou même des incohérences en matière d’organisation du travail et d’encadrement (17 %).
Les causes premières sont des défaillances directes et visibles qui ont conduit à l’événement, aux phénomènes observés ou qui ont favorisé leur développement. Les causes profondes sont les facteurs qui ont mené aux causes premières et qui reposent essentiellement sur des facteurs organisationnels et humains (FOH).
L’intervention humaine n’est pas à elle seule à l’origine des incidents et accidents liés aux travaux par point chaud. Il y a souvent une multi causalité avec, par exemple :
- une analyse incomplète ou inexistante des risques : absence d’analyse préalable, sous-estimation des vecteurs de propagation (projection d’étincelles, conduction thermique, etc.), préparation insuffisante ;
- une banalisation du risque : baisse de la vigilance, perception « sans risque » d’équipements vidés, dégazés, nettoyés ou arrêtés depuis plusieurs jours ;
- une mauvaise utilisation des outils tels que le permis de feu ou le plan de prévention (insuffisants à eux seuls) ;
- une existence de coactivité, facteur de risque majeur : responsabilités mal clarifiées, inspection commune insuffisante, sous-traitance en cascade, barrière linguistique, contrôle terrain insuffisant, absence de validation lors d’un changement de pratique, etc.
80% de ces événements entraînent des conséquences économiques, pouvant aller jusqu’à plusieurs millions d’euros (dommages matériels internes, pertes d’exploitation internes par exemple). De façon plus marginale, des conséquences environnementales (24 % – pollutions atmosphériques, des eaux, des sols, etc.) et des conséquences sociales (16 % – chômage technique, périmètre de sécurité, interruption de circulation, etc.) sont identifiées.
Près d’un cinquième (19 %) de l’accidentologie liée aux travaux par point chaud fait l’objet de conséquences humaines. Pour preuve, le rapport recense 4 accidents mortels, 16 avec des blessés graves et 53 avec des blessés.
Pour prévenir les risques liés aux travaux par point chaud, le Barpi recommande une démarche en trois temps.
Avant les travaux, il s’agit d’abord de rechercher une alternative aux travaux par point chaud, puis d’intégrer ces opérations dans l’évaluation des risques, de réaliser une visite préalable, d’identifier les matières combustibles, les volumes confinés, les zones ATEX, les poussières, vapeurs, gaz ou produits stockés. Cette phase suppose aussi de définir un périmètre de sécurité, de déplacer ou protéger les combustibles, de nettoyer, vidanger, dégazer ou humidifier si nécessaire, et de prévoir les moyens d’extinction, les habilitations, les consignes, les EPI et l’organisation des secours.
Pendant les travaux, le Barpi insiste sur la surveillance active et continue, la supervision par une personne compétente, l’absence de travail isolé lorsque cela est possible, la vérification du respect du mode opératoire et une vigilance renforcée lors des pauses, reprises, changements d’équipe, travaux en hauteur ou en espaces confinés. Les travaux doivent pouvoir être interrompus si les conditions initiales sont modifiées.
Après les travaux, enfin, le risque ne disparaît pas immédiatement. Le Barpi appelle à prêter attention aux feux couvants, à mettre en place une surveillance post-travaux adaptée, à réaliser des rondes ciblées et, si nécessaire, des contrôles par caméra thermique ou autres moyens de détection. Le retour d’expérience doit aussi être formalisé, afin d’éviter que le permis de feu ne reste un simple document de conformité.
* Pour le Barpi, les événements sont classés en accidents et incidents selon qu’ils aient ou non porté atteinte aux intérêts protégés définis à l’article L. 511-1 du code de l’environnement.








